Depuis mi-novembre 2009, je viens d’intégrer la société de portage ITG (Institut du
Temps Géré). En effet, après une expérience de quelques années avec ma propre
structure, j’ai décidé de changer de statut pour passer de travailleur non-salarié (T.N.S.) à
salarié.
Les raisons de ce changement sont dues au fait qu’avoir sa propre entreprise
demande énormément de temps, d’un point de vue administratif et comptable, au détriment du développement commercial et technique. Ainsi, au lieu d’être à 100% sur son
coeur de métier, nous devons consacrer du temps à des tâches non-rémunératrices et
parfois conflictuelles quand vous rencontrez des difficultés avec des clients, des
fournisseurs ou l’administration.
En outre, un T.N.S. ne dispose pas de couverture sociale comme le salarié ou alors
les cotisations à verser sont très importantes, décourageant le fait même d’entreprendre.
Un dernier exemple concerne la formation. Là également, le statut de salarié permet de
meilleures possibilités de se former régulièrement avec une meilleure prise en charge.
Au contraire, le portage permet, d’une part, de retrouver un statut de salarié avec
tous les avantages qui vont avec, et d’autre part, d’être débarrassé des contraintes
administratives moyennant des frais de gestion, ce qui permet de se concentrer sur son
métier tout en gardant son autonomie d’action.
Avez-vous dû compléter votre formation initiale pour répondre aux attentes de vos clients et comment ?
En 2005, j’ai suivi pendant 6 mois une formation homologuée sur le métier du
Conseil. En effet, être consultant-formateur ne s’improvise pas. Il s’agissait alors
d’acquérir une nouvelle posture professionnelle, basée sur mes expertises glanées au fil
de mes expériences. Ainsi, j’ai pu acquérir des méthodes de travail et des savoirs
nécessaires à l’approche de mon nouveau métier.
Puis, en 2006, j’ai suivi une formation plus spécifique sur le thème de ma prestation.
En effet, cette année-là, le Code des Marchés Publics a été modifié et il était nécessaire
de se mettre à jour avec la nouvelle réglementation et les conséquences pratiques.
Depuis, je suis constamment en veille car toute réglementation évolue au gré des
jurisprudences ou des aléas socio-économiques. Ainsi, en 2009, les effets de la « crise »
ont eu pour conséquence, la mise en place d’amendements du Code de 2006.
Quels sont vos types de clients ? Des entreprises ou des centres de formation ?
Mes types de clients sont de deux ordres. D’une part, je travaille avec des organismes de formation qui font appel à mes compétences pour répondre à leurs besoins de formation en inter mais également en intra. Ce système a l’avantage de ne pas à réaliser de prospection commerciale. En contrepartie, il ne permet pas de percevoir des tarifs journaliers qui représentent votre réelle valeur et votre véritable travail.
J’attire d’ailleurs l’attention sur le fait qu’il se crée actuellement de nombreux « pseudo » organismes de formation, attirés par l’appât de gains faciles et la solvabilité d’un marché via les aides apportées par les O.P.C.A. « Formation ». Il convient, donc, de toujours travailler avec un contrat dûment signé en amont de toute intervention, de contrôler la prise en charge des frais de mission et de l’ingénierie pédagogique aux risques d’amener notre profession à être dévalorisée par des tarifs pratiqués bien en deçà de la qualité exigible et du travail fourni.
D’autre part, je travaille en ce moment auprès des collectivités locales et des maîtrises d’oeuvre en B.T.P. qui, avec les changements réglementaires, les durcissements des relations contractuelles et la « crise », ont besoin de mieux maîtriser les textes ainsi que les droits et les devoirs des différents acteurs d’un Marché Public.
Comment trouvez-vous vos clients ?
Pour les organismes de formation, ce sont eux qui me contactent, soit par des sites
Internet spécialisés comme « Formaguide » soit par référence.
Pour les autres clients, j’effectue une prospection commerciale téléphonique en
ciblant les maîtrises d’oeuvre développant leur activité commerciale en direction des
marchés publics. Par ailleurs, concernant les collectivités locales, il est nécessaire d’être
en veille concernant les appels d’offres. Là également, le référencement est un moyen
d’apport de clientèle.
Comment voyez-vous l'évolution du monde de la formation ?
L’avenir de la formation passera par la Qualité. En effet, le constat actuel fait ressortir un système à deux vitesses qui contribue à une dégradation qualitative (prestation proposée, défection des formateurs au dernier moment) et quantitative (tarif pratiqué, mise en place de formations low-cost) de la profession.
D’un côté, vous avez des organismes de formation et des professionnels qui « surfent » sur la solvabilité du marché, par le biais d’aides des OPCA, pour engendrer du chiffre d’affaire, donc du bénéfice, au détriment du service rendu et du respect du client et des formateurs.
Je citerai deux exemples qui illustrent bien ce propos:
D’une part, prenez un organisme de formation qui propose un volume d’affaire
important à deux consultants-formateurs, dans le cadre d’un contrat de
professionnalisation (soit 80 jours de formation pour 24 ingénieurs), pour justifier d’un tarif
journalier très bas et sans proposer de contrat long terme, hormis un mail de commande.
Puis, lorsque les intervenants font remarquer à l’organisme les nombreux manquements
dans le service rendu (salle exiguë, nombre de stagiaires fluctuants, pas de
programmation long terme) contrairement à ce que l’organisme avait annoncé
préalablement, qu’ils demandent à se faire payer dans le temps contractuel fixé (30 jours
de retards sur des délais de paiement fixés à 30 jours fin de mois) et de mettre en place
d’un « vrai » contrat d’intervention, l’organisme décide d’arrêter purement et simplement le
contrat, par téléphone, en prétextant subir une pression pour payer et perdre du temps à
faire des contrats en bonne et due forme ! En outre, il a refusé toute clause de dédit,
contrairement à ce que stipule la loi.
Il est bon de compléter cet exemple en précisant que le client final a été très étonné d’apprendre cet arrêt de contrat, non pas par l’organisme mais par les intervenants eux-mêmes, une semaine avant le début d’un nouveau stage, alors que ce client avait les meilleurs retours des stagiaires concernant ces consultants-formateurs tous autres intervenants confondus (cf. bilan de fin de stage).
D’autre part, prenez un autre organisme de formation qui propose des interventions sans contrat, qui revoie ses conditions de paiement de frais de mission car il constate, au final, que cela ne lui convient pas et qui finit par menacer le consultant-formateur parce que ce dernier demande juste le respect des clauses contractuelles, le paiement de prestations faites et le fait qu’il ne se déplace pas sans qu’aucun contrat n’ait été établi au préalable. Aujourd’hui, les clients finaux, qui, pour certains, ont payé les prestations, ne sont toujours pas servi, et parfois en attente depuis plus d’un an.
D’un autre côté, vous avez des organismes et des consultants-formateurs qui
prônent la qualité et le respect comme valeurs essentielles de fonctionnement. L’avenir de
la formation passe par ces valeurs à condition que l’ensemble des acteurs de la formation
s’y accorde. Nous nous trouvons déjà confrontés à un contexte difficile de développement de la formation tout au long de la vie. Beaucoup de sociétés estiment, en effet, que la
formation des salariés est une perte de temps et d’argent. En outre, notre pays n’a pas
une culture à la formation continue et il est nécessaire de créer un climat de confiance
pour que la formation devienne un levier de croissance des entreprises par l’acquisition de
compétences et de qualification.
Il suffit de voir comment certains responsables R.H. omettent de parler du DIF à leurs
salariés car ils sont dans l’incapacité d’intégrer dans les plannings les absences que ce
dispositif va engendrer, sachant que 2010 est l’année charnière où les premiers
contingents de salariés ont obtenu le solde plafond des cumuls des 20 heures de DIF par
an, soit 120 heures.
Il faudrait également que les OPCA aient une plus grande vigilance sur le sérieux et
l’efficacité réelle des organismes de formation qui reçoivent des sommes importantes de
leur part.
La formation est un investissement humain et en tant que tel, il suppose une prise en
compte qualitative et financière à sa juste valeur, que l’on se place d’un point de vue des
entreprises que celui des organismes dispensant les prestations. Ce secteur d’activité ne
doit plus être considéré comme la cinquième roue du développement des sociétés mais
comme un rouage utile et nécessaire.
Faites-vous d'autres types de prestation que la formation ?
Je pratique également le conseil que j’estime être complémentaire du domaine de la
formation. D’une part, il est parfois impossible de différencier de ce qui est de l’apport en
conseil de l’apport en formation.
D’autre part, je pratique, régulièrement, un suivi post-formation qui n’est ni plus ni
moins que du conseil. Je soutiens également les sociétés dans le montage de leur dossier
de demandes d’aides financières auprès de leur OPCA, pour permettre la réalisation des
formations.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune voulant devenir formateur ?
Mon premier conseil est de bien vérifier qu’on apprécie avant tout, les relations
humaines car c’est un métier de contact.
Je dirais, ensuite, qu’il faut avoir ou développer des capacités d’écoute, de patience
ainsi que le sens de la pédagogie car chaque apprenant a sa propre faculté de
compréhension qui diffère de son voisin. De ce fait, cela suppose de devoir répéter souvent les mêmes choses de différentes manières afin de permettre à chacun de
progresser sans entraver l’évolution globale du groupe, ce qui peut créer de la frustration.
Venir en formation est un moment de ressourcement et d’échanges.
Il faut également apprécier se mettre en scène et se remettre régulièrement en
question, car c’est toujours une épreuve que de se retrouver systématiquement face à des
personnes que l’on ne connaît pas. Il est donc nécessaire d’aimer « jouer » tout en créant
cette interactivité qui génère un climat de confiance et d’écoute mutuelle indispensable
pour mettre à l’aise le groupe et chaque stagiaire.
Par ailleurs, il convient d’acquérir des méthodes et des outils pédagogiques afin de
construire et animer son cours de manière didactique, ludique et professionnelle car nous
sommes d’abord des experts qui venons échanger sur un sujet que nous sommes censés
maîtriser. Il faut donc asseoir notre crédibilité professionnelle et pédagogique par la
maîtrise technique du métier de formateur.
Enfin, je pense qu’il faut posséder une qualité fondamentale : être vrai et sincère.
Quand nous ne savons pas, il ne faut pas hésiter à le dire car après tout, nous sommes
formateurs, pas « prophètes » délivrant la bonne parole. Nous sommes des
accompagnateurs qui soutiennent des personnes dans l’acquisition de savoirs et de
savoir-faire.
Quels conseils donneriez-vous à une entreprise devant choisir une prestation de formation ?
Le premier conseil est de vérifier les références et les capacités de l’organisme de
formation. Il ne faut pas hésiter à contacter les clients de l’organisme pour vérifier ses
compétences, son sérieux et sa rigueur, surtout dans le processus contractuel.
Un deuxième conseil est de vérifier si le contact commercial de l’organisme possède
des compétences en matière d’ingénierie pédagogique. En effet, de nombreux chargés
d’affaire connaissent peu le milieu de la formation. De ce fait, l’évaluation et l’analyse des
besoins sont souvent approximatives et n’apportent pas les éléments essentiels au futur
consultant-formateur pour bien réaliser le support, sans parler du calcul du nombre de
jours nécessaire à la bonne réalisation.
Un troisième conseil est de garder le contrôle sur les conditions contractuelles, dont
la possibilité de mettre en place des subrogations de paiement entre l’OPCA et
l’organisme de formation. Il convient de toujours établir complètement un contrat avant
d’engager une prestation et a fortiori un paiement. D’ailleurs, en cas de demande
d’acompte, il convient de vérifier que l’organisme a déjà trouvé le formateur afin de se
garantir de la réalisation de la prestation dans les délais convenus, contractuellement.
Enfin, en dernier conseil, je conseille aux entreprises, surtout en intra, de pouvoir
rentrer en relation directe avec le consultant-formateur pour, là aussi, vérifier les capacités
et les compétences de ce dernier. A ce propos, il existe une loi sur la sous-traitance de
1975 qui oblige, normalement, les organismes de formation à demander l’accord de leur
client sur l’intervention et les conditions de paiement d’un consultant-formateur en sous-traitance.
Il serait d’ailleurs intéressant de mettre en place l’obligation du paiement direct
du client vers le sous-traitant ce qui garantirait d’autant plus l’intervention de ce dernier. En
effet, il existe souvent des litiges de paiement entre les organismes de formation et les
formateurs avec les conséquences que cela peut générer en terme d’assiduité pour
d’éventuelles futures missions.
Les réseaux tels que celui d'Intras Consultants vous sont-ils utiles et en quoi ?
L’avantage que je vois dans Intras Consultants est la mise en relation directe entre le
client et le consultant-formateur. De ce fait, il n’existe plus d’intermédiaire. Le consultant-formateur
est entièrement le maître d’oeuvre de l’opération et peut ainsi maîtriser
l’ensemble du processus, phase par phase, de la commercialisation à l’animation de la
prestation, en passant par l’analyse des besoins et l’ingénierie pédagogique.
En outre, cela permet également au consultant-formateur de fixer lui-même le prix de
sa prestation au plus juste, celui qui rémunérera, à sa juste valeur, son travail et son
investissement. La sous-traitance ne le permet pas car l’intermédiaire récupère sa
commission et cela baisse mécaniquement le tarif journalier du consultant-formateur.